Projet personnalisé d’accompagnement non respecté : vos droits

Le projet personnalisé d'accompagnement de votre proche n'est pas appliqué ? Recours possibles contre l'établissement.

Cet article a été rédigé par Maître

La date de mise à jour de l’article est le

Sommaire

La loi du 2 janvier 2002 impose à tout établissement social et médico-social de co-construire un projet personnalisé avec l’usager et de le respecter. L’article L. 311-8 du Code de l’action sociale et des familles est clair : tout manquement engage la responsabilité de la structure. Ce guide présente les recours disponibles, de l’amiable au contentieux.

En bref

  • Le projet personnalisé d’accompagnement (PAP) est une obligation légale pour tous les ESSMS, imposée par la loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002.
  • Absent, non signé ou inappliqué, ce document constitue un manquement juridiquement opposable à l’établissement.
  • Premiers réflexes : mise en demeure écrite à la direction, puis saisine de la personne qualifiée (art. L. 311-5 CASF) et signalement à l’ARS.
  • Sans résultat, un avocat spécialisé peut engager la responsabilité civile ou administrative de la structure.

Qu’est-ce que le projet personnalisé d’accompagnement (PAP) ?

Cet outil réglementaire central formalise les attentes et objectifs de vie de l’usager accueilli, les actions prévues et leurs modalités, co-construites avec la personne concernée.

Son appellation varie selon la structure : projet personnalisé en EHPAD, projet d’accueil et d’accompagnement dans certains services à domicile, projet individualisé en IME ou ITEP. Derrière ces dénominations, l’obligation juridique demeure identique.

Trois publics sont visés : personnes âgées en EHPAD, personnes en situation de handicap orientées vers un ESSMS, usagers de structures d’insertion. Pour ces derniers, ce dispositif précède ou prolonge souvent le projet de vie dans le dossier MDPH.

OutilObjetDuréeForce contraignanteSanction
PAPActions et accompagnement individualisésRévisable annuellementForte, co-signéResponsabilité de l’ESSMS
DIPCListe des prestations fourniesSéjourContractuelleRésiliation, recours civil
Contrat de séjourConditions d’accueil et tarifsSéjourContractuelleRésiliation, recours civil ou administratif

Le cadre légal : loi du 2 janvier 2002 et obligations des ESSMS

La loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale constitue le socle de toute obligation relative au projet d’accompagnement personnalisé. Elle s’impose à l’ensemble des ESSMS sans exception.

L’article L. 311-3 du CASF liste les droits fondamentaux de l’usager : dignité, vie privée, libre choix du parcours et participation à la co-construction de son accompagnement. Leur non-respect est juridiquement opposable à la structure.

L’article L. 311-5 organise le recours via la personne qualifiée, médiateur indépendant saisissable gratuitement. L’article L. 311-8 rend obligatoire un projet d’établissement cohérent avec chaque projet personnalisé.

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Le PAP et le DIPC sont complémentaires mais distincts : le DIPC liste les prestations dues, tandis que le premier fixe les objectifs de vie. Le référentiel de la HAS intègre ces deux dimensions comme critères opposables lors des inspections.

La participation de l’usager et de sa famille à l’élaboration constitue un droit opposable, dont l’absence suffit à caractériser un manquement.

Les étapes de construction du PAP et ce qu’il doit obligatoirement contenir

Comprendre comment ce projet personnalisé se construit permet d’identifier à quel stade un manquement s’est produit.

Les cinq étapes du processus

L’admission constitue le point de départ : l’équipe recueille attentes, habitudes de vie et priorités de l’usager et de son représentant légal. Vient ensuite l’analyse pluridisciplinaire des besoins, où soignants, éducateurs et travailleurs sociaux croisent leurs observations.

La co-construction est l’étape centrale : le projet se rédige avec la personne, pas pour elle. L’équipe met ensuite en œuvre les engagements convenus, avant une évaluation périodique, avec révision annuelle imposée par les recommandations de la HAS.

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Ce que le document doit contenir

  • Identité complète de la personne accueillie et de son représentant légal
  • Objectifs de vie concrets et atteignables
  • Prestations prévues en cohérence avec les droits ouverts (notamment les aides humaines financées par la MDPH)
  • Durée de validité et date de révision
  • Signatures de l’usager et du responsable de la structure

L’absence d’un seul de ces éléments suffit à caractériser un accompagnement non conforme, opposable à l’établissement.

PAP non respecté : identifier les manquements et réunir les preuves

Les manquements les plus fréquents

Les situations de manquement au projet d’accompagnement personnalisé prennent plusieurs formes.

Le manquement structurel est le plus grave : aucune pièce contractuelle n’existe, ou le projet personnalisé n’a jamais été présenté à la personne accueillie pour signature. Le manquement ponctuel est différent : une prestation précise a été oubliée, un objectif isolé ignoré. Moins grave, il reste tout aussi opposable à l’établissement.

Les rapports de l’IGAS identifient une troisième situation, statistiquement la plus courante en EHPAD et ESSMS : le projet formellement signé mais jamais réellement appliqué, les signatures existent, mais les engagements envers l’usager ne sont pas tenus et aucune évaluation annuelle n’a eu lieu.

Les preuves concrètes à réunir

  • Courrier recommandé avec accusé de réception si aucune pièce ne vous a été remise
  • Comparaison entre objectifs écrits et prise en charge effectivement délivrée (dates, absences, engagements non honorés)
  • Cahier de liaison, comptes rendus et rapports d’évaluation internes, à demander à la direction
  • Attestations écrites de proches ayant observé les manquements

Le tuteur ou curateur peut accéder au dossier complet et agir au nom de la personne : faites valoir ce droit par écrit.

Tableau comparatif PAP, DIPC et contrat de séjour

Ces trois documents structurent la relation entre l’usager et l’établissement, sans partager le même objet ni la même portée juridique.

DocumentObjetDuréeForce contraignanteRecours en cas de manquement
PAPObjectifs de vie et modalités d’accompagnement personnaliséVariable, révision au moins annuelleOpposable via le CASF et la jurisprudence administrativeResponsabilité juridique de l’ESSMS (voir section recours)
DIPCListe des prestations fourniesDurée du séjourValeur contractuelleRésiliation, recours civil
Contrat de séjourConditions générales d’accueil, tarifs et droits réciproquesDurée indéterminéeValeur contractuelleRésiliation pour manquement grave, recours civil ou administratif

Pour les voies de recours concrètes, consultez la section dédiée ci-dessous.

Les recours progressifs en cas de PAP non respecté

Face à un manquement constaté, six paliers s’activent par ordre de gravité croissante.

PalierAutorité saisieTexte fondateurDélai indicatifCoût
1. Recours amiableDirection de l’ESSMSL. 311-3 CASF15 joursGratuit
2. Personne qualifiéeMédiateur indépendant (liste préfectorale)Art. L. 311-5 CASF1 à 2 moisGratuit
3. ARS / Conseil départementalAutorité de contrôleL. 313-13 CASFVariableGratuit
4. Défenseur des droitsInstitution indépendanteLoi organique du 29 mars 20113 à 6 moisGratuit
5. Voie contentieuseTribunal judiciaire ou administratifCode civil / CJA12 à 24 moisHonoraires d’avocat
6. RésiliationDirection de l’ESSMSArt. D311-0-1 et s. CASFPréavis selon documentGratuit

Palier 1 : adressez un courrier recommandé à la direction en listant les manquements, délai de réponse 15 jours. Ce courrier constitue une preuve pour toute démarche ultérieure.

Palier 2 : sans réponse, la personne qualifiée (art. L. 311-5 CASF) intervient gratuitement et favorise souvent une résolution amiable.

Paliers 3 et 4 : un signalement à l’ARS ou au Conseil départemental peut déclencher une inspection. Le Défenseur des droits constitue un levier complémentaire pour les violations répétées.

Palier 5 : si les démarches amiables échouent, la responsabilité de l’établissement peut être engagée. L’accompagnement d’un avocat devient déterminant selon la gravité du préjudice.

Palier 6 : en cas de manquement grave et persistant, la résiliation du contrat de séjour reste possible sous réserve du préavis prévu.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis personnalisé d’un avocat spécialisé en droit médico-social.

Jurisprudence : ce que les tribunaux ont décidé en cas de PAP non respecté

La responsabilité d’un ESSMS peut être engagée sur deux fondements : contractuel (inexécution des engagements du DIPC) et quasi-délictuel (manquement à l’obligation de prise en charge individualisée).

Dans un arrêt du 28 juin 2019, la cour administrative d’appel de Bordeaux a reconnu la faute d’un EHPAD dont le projet personnalisé n’avait pas été révisé malgré une évolution significative de l’état de santé de l’usager. L’absence d’évaluation annuelle a été retenue comme contraire à l’article L311-8 du CASF, entraînant une indemnisation de la famille.

La cour administrative d’appel de Lyon a jugé qu’un document signé à l’admission, sans co-construction réelle avec la personne et son entourage, était inopposable à l’usager.

Ces décisions sanctionnent les établissements défaillants. Pour déterminer si votre situation justifie une action, quand recourir à l’accompagnement d’un avocat est une question à trancher dès les premières démarches.

Questions fréquentes sur le projet personnalisé d’accompagnement

Ce projet d’accompagnement est-il obligatoire pour tous les établissements ?

Oui. La loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002, codifiée à l’article L311-8 du CASF, l’impose à l’ensemble des ESSMS, sans dérogation selon le type de structure.

Que faire si l’EHPAD ne respecte pas ce projet ?

Activer les recours par paliers : courrier recommandé à la direction (15 jours), saisine de la personne qualifiée (art. L. 311-5 du CASF), puis signalement à l’ARS ou au Conseil départemental.

Quelles preuves réunir ?

Conservez l’exemplaire signé, notez les prestations non délivrées avec leurs dates, demandez le cahier de liaison et les rapports d’évaluation, faites attester les manquements par des proches témoins.

Peut-on rompre l’engagement de séjour en cas de non-mise en œuvre ?

Oui, sous conditions. Un manquement grave et persistant peut justifier la résiliation, sous réserve du préavis prévu. Une analyse par un avocat spécialisé reste indispensable.

Qui peut agir ?

L’usager en premier lieu ; la famille peut l’accompagner. Le tuteur ou curateur dispose d’une qualité pour agir reconnue.

Différence entre le PAP, le DIPC et le contrat de séjour ?

Le PAP fixe les objectifs individualisés ; le DIPC liste les services contractuels ; le contrat de séjour encadre les conditions générales d’accueil. Seul le premier engage la responsabilité quasi-délictuelle de l’établissement.

Chaque situation est différente : seule une analyse individualisée permet d’évaluer vos options. Dyade Avocats, spécialisé en droit médico-social, vous reçoit en consultation confidentielle, sans engagement. Évaluez votre situation avant un recours MDPH via notre formulaire de pré-qualification.

Le projet personnalisé d’accompagnement est un droit opposable inscrit dans la loi n° 2002-2 et le Code de l’action sociale et des familles. Son non-respect ouvre des voies de recours, de la démarche amiable jusqu’au tribunal. Les délais étant encadrés, agir rapidement est indispensable.

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