Un sifflement permanent, un bourdonnement qui couvre les conversations, des nuits sans silence. Beaucoup de personnes vivent avec des acouphènes sans plus en parler. Quand ils empêchent de dormir, de travailler dans un bureau partagé ou de suivre une réunion, la question d’une démarche auprès de la MDPH se pose. La réponse dépend moins des acouphènes eux-mêmes que de ce qui les accompagne.
Ce que prévoit le barème
La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) fixe le taux d’incapacité à l’aide d’un guide-barème, annexé au code de l’action sociale et des familles (annexe 2-4). Les acouphènes y sont pris en compte comme un élément qui aggrave une déficience de l’audition : lorsqu’ils s’ajoutent à une perte auditive, ils peuvent majorer le taux retenu pour cette perte.
Sans perte auditive, c’est le retentissement des acouphènes eux-mêmes que la commission apprécie : troubles du sommeil, anxiété, état dépressif, difficultés de concentration au travail. Plus ce retentissement est suivi et documenté, plus le dossier est solide.
Les dossiers les plus solides
- Des acouphènes associés à une perte auditive mesurée, avec un audiogramme récent.
- Des acouphènes accompagnés d’une hyperacousie, cette intolérance aux bruits du quotidien qui empêche de sortir, de prendre les transports ou de travailler en milieu ouvert.
- Une maladie de Ménière, qui associe vertiges, baisse d’audition et acouphènes.
- Des acouphènes à l’origine de troubles psychiques suivis par un médecin, avec un retentissement établi sur la vie sociale et professionnelle.
Les dossiers qui échouent sont ceux qui décrivent une gêne, même réelle, sans dire ce qu’elle empêche. « J’ai des acouphènes depuis cinq ans » ne permet pas d’évaluer quoi que ce soit. « Je ne peux plus participer à une réunion de plus de trois personnes, je dors quatre heures par nuit, j’ai dû quitter mon poste en open space » le permet.
Les pièces à réunir
- Le compte rendu de l’oto-rhino-laryngologiste (ORL), avec l’audiogramme et l’évaluation des acouphènes.
- Les questionnaires de gêne utilisés en consultation ORL, lorsqu’ils ont été remplis.
- Les traitements et appareillages essayés (prothèses auditives, générateurs de bruit, thérapies), et leurs résultats.
- Le suivi éventuel par un psychologue ou un psychiatre, et ce qu’il dit du sommeil et de l’humeur.
- Les éléments professionnels : arrêts de travail, aménagements demandés, avis du médecin du travail.
Quelles aides demander
La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), définie à l’article L. 5213-1 du code du travail, rend souvent les plus grands services. Elle permet de demander des aménagements concrets : un bureau isolé, un casque, des horaires adaptés, du télétravail. Faites intervenir le médecin du travail dès le départ : l’employeur doit y donner suite, sauf impossibilité ou charge disproportionnée. Notre article sur le refus d’aménagement du poste ou des horaires détaille vos recours si l’employeur ne suit pas.
Pour l’allocation aux adultes handicapés (AAH), le seuil est de 80 % d’incapacité (article L. 821-1 du code de la sécurité sociale). Elle reste possible entre 50 et 79 % lorsqu’une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi est reconnue. La commission apprécie ces conditions au vu de l’ensemble du dossier, perte auditive et troubles associés compris.
Le forfait surdité, l’un des éléments de la prestation de compensation du handicap (PCH) prévue par l’article L. 245-1 du code de l’action sociale et des familles, est réservé aux surdités sévères ou profondes. Il n’est pas conçu pour les acouphènes, comme l’explique notre page sur le forfait surdité. D’autres éléments de la PCH, comme les aides techniques, peuvent être demandés si les conditions d’accès à la prestation sont remplies.
Si vos acouphènes sont apparus après une exposition au bruit au travail, une reconnaissance en maladie professionnelle peut aussi se poser. Elle relève d’un autre régime, que cette page ne traite pas.
Avant de déposer, ou de contester
Un refus n’est pas toujours une erreur de la commission. S’il porte sur des acouphènes isolés, sans perte auditive ni retentissement documenté, un recours a peu de chances. S’il ignore une perte auditive mesurée, une hyperacousie invalidante ou un suivi psychique installé, il se discute. Le recours préalable auprès de la MDPH est à former dans les deux mois de sa réception.
Pour savoir dans quelle situation vous vous trouvez, vous pouvez nous transmettre votre dossier dans le cadre d’une étude gratuite.
Questions fréquentes
%Les acouphènes sont-ils reconnus comme un handicap ?
Ils peuvent l’être. La commission apprécie leur retentissement, en particulier lorsqu’ils s’ajoutent à une perte auditive ou entraînent des troubles du sommeil ou de l’humeur documentés.
Peut-on obtenir la RQTH pour des acouphènes ?
Oui, lorsqu’ils compliquent l’accès à l’emploi ou son maintien. Elle permet de demander des aménagements de poste, avec l’appui du médecin du travail.
Le forfait surdité de la PCH s’applique-t-il aux acouphènes ?
Non. Il est réservé aux surdités sévères ou profondes.
Quel document est indispensable ?
Le compte rendu de l’ORL avec un audiogramme récent. Sans lui, la commission ne peut pas savoir si une perte auditive accompagne les acouphènes.









