Étudiant et AAH : anticiper la rupture, répondre à l’objection

Être étudiant n'exclut pas l'allocation. Mais la rupture de droits à vingt ans se prépare un an avant, et beaucoup l'apprennent trop tard pour l'éviter.

Cet article a été rédigé par Maître

La date de mise à jour de l’article est le

L’AAH pour les étudiants ?

Sommaire

En bref

  • L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé cesse à vingt ans : la demande suivante se dépose plusieurs mois avant.
  • Poursuivre des études n’exclut pas la restriction d’accès à l’emploi, et le dossier doit le dire.
  • La situation de l’étudiant s’apprécie avec souplesse : sans expérience professionnelle, il n’a pas de parcours d’emploi à produire.
  • Ce sont les aménagements d’études obtenus qui deviennent la meilleure pièce du dossier.
  • Le projet de vie compte ici plus qu’ailleurs, parce qu’il porte ce que les pièces médicales ne disent pas.
  • Une demande déposée après la rupture ne rattrape pas les mois perdus entre-temps.

Deux difficultés attendent les étudiants, et elles arrivent dans cet ordre. D’abord une rupture de droits : l’allocation d’éducation cesse à vingt ans, et si rien n’a été déposé à temps, plusieurs mois passent sans aucun versement. Ensuite une phrase qu’on vous opposera, et qui paraît imparable : puisque vous suivez des études, c’est que vous pourriez travailler. Elle ne l’est pas. La première difficulté se prévient en déposant tôt ; la seconde se démonte avec les documents que votre établissement a déjà produits.

La rupture à vingt ans, qui se prépare un an avant

L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé est versée jusqu’aux vingt ans du jeune. L’allocation aux adultes handicapés prend le relais, mais elle suppose une demande, une instruction et une décision — soit plusieurs mois.

Personne n’avertit les familles de ce calendrier. Le résultat est connu : la demande est déposée quand le versement s’arrête, l’instruction dure jusqu’à quatre mois, et l’année se passe sans rien.

La règle à retenir tient en une ligne. Déposez la demande d’allocation aux adultes handicapés plusieurs mois avant le vingtième anniversaire — quatre à six mois n’ont rien d’excessif compte tenu des délais d’instruction.

Cette demande n’est pas un renouvellement : c’est une prestation différente, avec ses propres conditions. Le dossier se refait entièrement, et il change d’objet — on ne décrit plus un enfant à scolariser, mais un adulte dont il faut évaluer l’autonomie et l’accès à l’emploi.

« Vous étudiez, donc vous pourriez travailler »

C’est la phrase qui revient, et elle paraît de bon sens. Elle repose pourtant sur une confusion entre deux univers qui n’ont ni les mêmes exigences ni les mêmes règles.

La condition s’apprécie au regard des effets du handicap sur l’accès à l’emploi, compte tenu des aménagements envisageables. Suivre des études, souvent au prix d’aménagements importants, dans un cadre où le rythme se négocie et où l’absence ne se sanctionne pas comme au travail, ne démontre pas qu’un emploi ordinaire serait tenable.

Il y a d’ailleurs une raison de fond pour laquelle la situation d’un étudiant s’apprécie avec une certaine souplesse : par définition, il n’a pas encore d’expérience professionnelle. On ne dispose donc d’aucun parcours d’emploi permettant de dire ce que le handicap y produirait — ni arrêts, ni restrictions d’aptitude, ni postes quittés, ni aménagements refusés. Exiger de l’étudiant qu’il démontre ce qui ne s’est pas encore produit reviendrait à lui opposer une impossibilité.

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Mieux : les aménagements d’études sont précisément ce qui établit le contraire, et ce sont les meilleures pièces du dossier. Le tiers-temps et les aménagements d’examens, l’aide humaine, le matériel adapté, l’étalement du cursus sur plusieurs années, les dispenses, l’aménagement des stages ou l’impossibilité d’en effectuer certains, les redoublements liés à l’état de santé, les périodes d’interruption.

Chacun de ces éléments est documenté par le service qui l’a accordé. Demandez ces documents et joignez-les : ils disent ce que les études coûtent, là où le seul relevé de notes suggère qu’elles se passent bien.

Une décision illustre ce raisonnement. Le tribunal judiciaire de Bordeaux, le 8 mars 2022, a accordé l’allocation à un étudiant en situation de handicap, écartant l’objection tirée de la poursuite d’études.

Le raisonnement complet sur cette condition est exposé dans notre article consacré à la restriction substantielle et durable, et la manière de la démontrer dans celui sur la construction du dossier. Chaque dossier reste jugé sur ses propres pièces.

Ce que le dossier doit contenir

Le dossier est examiné sur pièces. Il doit décrire une situation d’étudiant, et non reprendre celle de l’enfant qu’il était.

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  • le certificat médical, décrivant des limitations actuelles et une journée ordinaire, non l’historique depuis l’enfance ;
  • les aménagements d’études obtenus, avec les documents des services qui les ont accordés ;
  • le temps que les études demandent réellement, une fois les aménagements pris en compte ;
  • les stages : ceux effectués avec aménagement, ceux qui n’ont pas pu l’être, et pourquoi ;
  • les interruptions, redoublements ou étalements liés à l’état de santé ;
  • la fatigabilité et le temps de récupération, qui commandent le rythme possible ;
  • le projet professionnel envisagé, et les métiers écartés en raison du handicap ;
  • le projet de vie, rédigé par l’étudiant lui-même.

Sur la manière d’écrire cette dernière pièce, voir notre article sur le projet de vie. Elle pèse ici davantage qu’ailleurs, parce qu’elle est le seul endroit où se dit ce qu’une journée d’études coûte réellement.

Étudiant : le motif de refus, et ce qu’il faut regarder avant

Le refus retient le plus souvent que la poursuite d’études démontre une capacité à s’insérer professionnellement. C’est une appréciation, et une appréciation se discute — à condition de disposer des pièces qui la contredisent.

Avant de contester, il faut être lucide. Des études suivies au rythme ordinaire, sans aménagement, sans interruption et sans difficulté attestée ne permettront pas d’établir la restriction, et le recours ne renversera pas cela.

Lorsque les aménagements existent, le recours consiste à les produire et à reprendre l’objection de front : voici ce qu’il a fallu mettre en place pour que ces études soient possibles, voici ce qui n’a pas pu l’être, voici pourquoi un emploi ordinaire pose une question différente.

Le recours préalable devant la maison départementale est obligatoire et se forme dans les deux mois de la notification. Voir la marche à suivre et un modèle de lettre.

Ce qui peut se demander en parallèle

L’allocation n’est pas le seul droit ouvert, et plusieurs ne dépendent d’aucun taux.

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé n’exige aucun taux d’incapacité. Elle a un intérêt immédiat pour les stages, l’alternance et l’entrée dans l’emploi, et elle se demande sans attendre.

La prestation de compensation du handicap repose sur d’autres critères que le taux, et peut couvrir une aide humaine ou des aides techniques utiles pendant les études.

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Les aménagements d’études et d’examens relèvent quant à eux de l’établissement et du service de santé étudiante, selon des circuits propres à l’enseignement supérieur. Ils se demandent en début d’année, et non au moment des épreuves.

Questions fréquentes

Un étudiant peut-il percevoir l’allocation aux adultes handicapés ?

Oui. Aucun texte n’exclut les étudiants, et la poursuite d’études ne démontre pas par elle-même une capacité à accéder à l’emploi.

Quand faut-il déposer la demande ?

Plusieurs mois avant le vingtième anniversaire, quatre à six de préférence. L’allocation d’éducation cesse à vingt ans et l’instruction de la nouvelle demande peut durer quatre mois.

On m’oppose que mes études prouvent que je peux travailler. Que répondre ?

Que la condition s’apprécie au regard des effets du handicap sur l’accès à l’emploi, compte tenu des aménagements envisageables — et produire les aménagements d’études obtenus, qui montrent ce qu’il a fallu mettre en place. Un étudiant n’ayant par définition pas encore d’expérience professionnelle, sa situation s’apprécie d’ailleurs avec une certaine souplesse.

Quelle pièce compte le plus ?

Les documents attestant les aménagements accordés par l’établissement : tiers-temps, aide humaine, matériel adapté, étalement du cursus, aménagement ou impossibilité de certains stages.

Ai-je intérêt à demander autre chose en même temps ?

Oui, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, qui n’exige aucun taux et sert dès les stages et l’alternance.

Cet article présente des règles générales à la date de sa mise à jour. Il ne remplace pas l’analyse de votre situation par un avocat.

Sources

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