Épilepsie et MDPH : ce n’est pas la crise qui handicape

Entre deux crises, tout paraît normal. C'est l'imprévisibilité qui limite la vie quotidienne, et c'est elle qu'il faut rendre visible dans le dossier.

Cet article a été rédigé par Maître

La date de mise à jour de l’article est le

crise d'epilepsie et droit

Sommaire

En bref

  • Ce qui limite la vie quotidienne est l’imprévisibilité des crises, pas leur durée.
  • Une épilepsie stabilisée par un traitement n’est pas une épilepsie sans retentissement.
  • Les effets indésirables du traitement font partie du retentissement et sont presque toujours passés sous silence.
  • Les restrictions de sécurité — conduite, hauteur, machines, eau, surveillance d’enfants — se listent et se justifient.
  • Les crises peuvent laisser des traces qui s’accumulent : une épilepsie ancienne s’évalue aussi sur ce qu’elles ont laissé.
  • Le compte des crises, tenu dans la durée, est la pièce la plus utile du dossier.

Une crise dure quelques minutes. Ce qui dure, c’est le reste du temps : ne jamais savoir quand la prochaine viendra, et organiser sa vie autour de cette incertitude. Les dossiers déposés auprès de la maison départementale des personnes handicapées — la MDPH — décrivent les crises, rarement cette organisation — et c’est pourtant elle que l’évaluation devrait apprécier.

Épilepsie : ce que cette maladie oppose à l’évaluation

L’épilepsie a une caractéristique que les dossiers traduisent mal : elle est invisible entre les crises. Une personne qui a eu trois crises dans l’année a passé le reste de l’année sans signe apparent, et tout document médical rédigé en dehors d’une crise décrit quelqu’un qui va bien.

Or le retentissement ne se mesure pas au temps passé en crise. Il se mesure à ce que l’éventualité d’une crise interdit : conduire, travailler en hauteur ou sur une machine, se baigner seul, porter un enfant, rester seul chez soi, prendre un poste de nuit, accepter un déplacement. Ces renoncements sont permanents alors que les crises sont rares, et c’est exactement l’inverse de ce que le dossier raconte d’habitude.

Deux éléments s’y ajoutent, presque toujours absents. Le premier est ce qui suit une crise : la confusion, la fatigue, les douleurs musculaires, les heures ou les jours pendant lesquels rien n’est possible. Le second est le traitement lui-même, dont les effets — ralentissement, troubles de la mémoire et de l’attention, somnolence, irritabilité — pèsent parfois davantage que les crises sur une vie professionnelle.

Il faut ajouter une chose que les dossiers ne disent presque jamais, et qui change l’appréciation d’une situation ancienne : les crises peuvent laisser des traces. Les neurologues décrivent des lésions cérébrales de petite taille qui s’ajoutent les unes aux autres au fil des années, de sorte que ce qui se manifeste d’abord comme une gêne de mémoire ou une lenteur peut devenir, après plusieurs années d’épilepsie, un retentissement cognitif important.

La conséquence est directe pour le dossier. Une épilepsie ancienne ne s’évalue pas seulement sur les crises de l’année écoulée : elle s’évalue aussi sur ce qu’elles ont laissé. Ce n’est pas au demandeur de l’affirmer, c’est au neurologue de l’écrire — encore faut-il le lui demander, et joindre un bilan neuropsychologique lorsqu’il en existe un. Le point est décisif pour deux choses au moins : le taux d’incapacité, et la démonstration d’une restriction d’accès à l’emploi lorsque les crises sont devenues rares.

Enfin, une question déborde le dossier : la conduite. Elle relève d’une réglementation propre et d’un avis médical spécifique, mais ses conséquences — perte d’emploi, isolement en zone rurale, dépendance pour tout déplacement — appartiennent, elles, au retentissement que la commission apprécie. Il faut donc les écrire.

Épilepsie : ce que le certificat doit contenir

Ce que le neurologue écrit spontanément décrit la maladie. Ce dont le dossier a besoin décrit la vie avec elle.

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  • le type d’épilepsie, son ancienneté, et le caractère pharmacorésistant le cas échéant ;
  • la fréquence des crises sur les douze derniers mois, leur type, leur durée et l’existence ou non de signes annonciateurs ;
  • la phase qui suit la crise : durée, état, temps de récupération, nécessité d’une surveillance ;
  • les traitements essayés, ceux abandonnés et pourquoi, et les effets indésirables du traitement actuel ;
  • le retentissement cognitif et son évolution au fil des années — mémoire, attention, lenteur — avec le bilan neuropsychologique s’il en existe un ;
  • les restrictions de sécurité qui en découlent, nommées explicitement ;
  • les conséquences professionnelles : poste inadapté, restrictions d’aptitude, aménagements, avis de la médecine du travail.

Épilepsie : les pièces qui font la différence

Trois pièces, et la première vaut à elle seule un long développement.

Le calendrier des crises, tenu sur plusieurs mois : date, heure, durée, circonstances, conséquences du lendemain, et ce qui a dû être annulé. Beaucoup de personnes le tiennent déjà pour leur neurologue et ne pensent pas à le joindre. C’est pourtant le seul document qui montre à la fois la rareté des crises et la permanence de leur ombre.

Les témoignages écrits des personnes présentes lors des crises, en particulier lorsque la personne concernée n’en garde aucun souvenir. Ils décrivent ce qu’elle ne peut pas décrire elle-même.

Et tout ce qui matérialise les renoncements : une décision d’inaptitude ou de restriction, un courrier de l’employeur, une attestation de l’organisme de formation, un dossier scolaire pour un adolescent. Un renoncement documenté vaut mieux que dix renoncements énumérés.

Épilepsie : le motif de refus le plus fréquent, et la réponse

Il tient en deux mots : épilepsie stabilisée. Le raisonnement est simple — le traitement empêche les crises, donc la situation est réglée.

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La réponse consiste à distinguer deux choses que ce motif confond. Être stabilisé sous traitement n’est pas être guéri : la stabilisation suppose une observance stricte, elle reste relative, et elle a un coût, celui des effets indésirables. Le recours doit donc porter sur trois points : ce que le traitement impose, ce qu’il produit comme effets, et ce que l’éventualité d’une crise continue d’interdire même quand aucune ne survient.

Lorsque le refus porte sur l’accès à l’emploi, l’argumentation se déplace vers les restrictions d’aptitude et l’étroitesse des postes compatibles. C’est là que la restriction substantielle et durable se démontre, et non sur le nombre de crises.

Épilepsie : ce qui se demande, et où contester

Le dossier peut porter sur l’allocation aux adultes handicapés, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé — particulièrement utile ici, puisqu’elle ouvre l’aménagement du poste sans exiger aucun taux d’incapacité —, la carte mobilité inclusion lorsque les déplacements sont empêchés, et pour un enfant l’allocation d’éducation ainsi que les mesures de scolarisation.

Pour un élève, le projet d’accueil individualisé et les aménagements scolaires relèvent d’un circuit distinct, expliqué dans notre article sur les aménagements scolaires.

La condition d’accès à l’emploi est traitée dans notre article sur la restriction substantielle et durable. En cas de refus, voir le recours préalable devant la maison départementale et le simulateur de délai.

Questions fréquentes

Une épilepsie stabilisée peut-elle être reconnue ?

La stabilisation sous traitement n’est pas l’absence de retentissement. Ce qui s’apprécie est ce que le traitement impose, ce qu’il produit comme effets, et ce que l’éventualité d’une crise continue d’interdire.

Combien de crises faut-il pour obtenir quelque chose ?

Aucun seuil de ce type n’existe. Une personne ayant peu de crises mais des restrictions permanentes peut avoir un retentissement important, et l’inverse se rencontre aussi.

Les effets du traitement comptent-ils ?

Oui, et ils sont presque toujours absents des dossiers. Ralentissement, troubles de l’attention et de la mémoire, somnolence : ils doivent figurer dans le certificat.

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Que faire si je ne peux plus conduire ?

La conduite relève d’une réglementation propre, mais ses conséquences — emploi perdu, déplacements impossibles, isolement — font partie du retentissement apprécié par la commission. Écrivez-les.

Cet article présente des règles générales à la date de sa mise à jour. Il ne remplace pas l’analyse de votre situation par un avocat.

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