Migraine : pourquoi compter les jours de crise ne suffit pas

Compter les jours de crise sous-estime tout, car une crise coûte plus qu'une journée. C'est l'unité de mesure du dossier qu'il faut changer.

Cet article a été rédigé par Maître

La date de mise à jour de l’article est le 30/09/2026

Migraine Mdph

Sommaire

Presque tous ces dossiers se résument à un chiffre : tant de jours de crise par mois. Et ce chiffre dessert celui qui le donne, parce qu’il laisse supposer que les autres jours sont normaux. Ils ne le sont pas. Il faut compter aussi la journée qui suit la crise, celles où le traitement produit ses propres effets, et toutes celles qu’on renonce à engager de peur qu’une crise survienne. C’est cela qu’un dossier doit rendre visible.

En bref

  • Le nombre de jours de crise sous-estime systématiquement le retentissement réel.
  • Ce qui précède et ce qui suit la crise appartient au dossier et doit être décrit.
  • Le renoncement par anticipation est un retentissement, pas une précaution personnelle.
  • Les traitements ont parfois des effets lourds, qui sont des limitations à part entière et qui s’écrivent comme telles.
  • Des migraines occasionnelles et bien traitées n’ouvrent pas de droits, et autant le savoir avant de déposer.

La bonne unité de mesure

Prenons le calcul tel qu’il se fait, et tel qu’il dessert le demandeur. Huit crises dans le mois, chacune d’une journée : huit jours perdus. L’évaluation conclut que vingt-deux jours restent disponibles, et que l’autonomie est conservée.

Ce calcul ignore trois choses. Ce qui précède la crise d’abord, lorsque des signes annoncent qu’elle vient et que la journée se réorganise déjà. Ce qui la suit ensuite : le lendemain n’est pas un jour ordinaire, et il faut le faire écrire comme tel. Et le temps d’anticipation enfin, celui qu’on passe à ne pas prévoir — ne pas s’engager sur une date, refuser une mission, éviter un trajet long, renoncer à un poste qui suppose d’être disponible.

Reprenons alors le même mois sous cette unité : huit crises, huit lendemains inutilisables, des journées amputées en amont, et un mois entier où rien n’a pu être planifié avec certitude. Ce n’est pas la même situation, et c’est pourtant la même personne.

Rien de cela ne s’invente. Cela se demande au médecin, et cela se note au fil de l’eau, en notant pour chaque crise sa durée, l’état du lendemain, et ce qui a été annulé ou non engagé.

Le traitement, et ce qu’il coûte lui-même

Certains traitements de fond entraînent des effets lourds et durables : somnolence, ralentissement, troubles de la concentration et de la mémoire, prise ou perte de poids, troubles de l’humeur, effets digestifs, incompatibilité avec la conduite ou avec certains postes. Ces effets ne se limitent pas aux jours de crise : ils sont là tous les jours.

Ils constituent donc des limitations à part entière, et elles s’ajoutent à celles des crises. Une personne qui supporte un traitement lourd pour réduire la fréquence de ses crises n’est pas une personne qui va mieux : c’est une personne dont le retentissement a changé de forme.

Il faut aussi faire écrire ce qui a été essayé sans succès et pourquoi chaque traitement a été abandonné — inefficacité, ou effets devenus intenables. Une succession d’échecs documentés dit la sévérité de la situation mieux qu’une description, et chacune de ces décisions porte une date.

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Ces effets doivent venir du médecin, et non se déduire d’une liste d’ordonnances jointe au dossier. Une liste d’ordonnances ne dit rien des effets ; une phrase du médecin sur ce que le traitement entraîne au quotidien les rend visibles.

Migraine : ce que le certificat doit contenir

Ce sont les pièces qui sont lues, et elles seules. Le certificat doit décrire un mois type et une année, pas un épisode.

  • depuis combien d’années les crises surviennent, et comment leur fréquence a évolué ;
  • le nombre de jours de crise par mois tel que le suivi le constate ;
  • ce que le médecin observe avant la crise, et l’état du ou des jours suivants ;
  • les symptômes associés qui empêchent de travailler ou de se déplacer pendant l’épisode ;
  • le traitement de crise, sa fréquence de recours et son efficacité ;
  • le traitement de fond le cas échéant, et surtout ses effets indésirables décrits un par un, avec ce que chacun empêche au quotidien ;
  • les traitements abandonnés, la date de chaque arrêt et son motif — inefficacité ou effets devenus intenables ;
  • les facteurs de l’environnement de travail identifiés : lumière, bruit, écrans, horaires décalés ;
  • les conséquences professionnelles, avec les restrictions d’aptitude et l’avis de la médecine du travail.

Les pièces qui pèsent

Le relevé tenu sur plusieurs mois, avec pour chaque crise la durée, l’état du lendemain et ce qui a été annulé. C’est la seule pièce qui donne la mesure réelle, et elle ne se fabrique pas après coup : il faut la commencer avant de déposer, ou dès la notification d’un refus.

L’historique des prescriptions, qui montre les traitements essayés dans l’ordre et ceux abandonnés. Cette suite de prescriptions montre que la situation a été prise au sérieux, étape après étape.

Les arrêts de travail et tout ce qui vient de l’employeur : absences, aménagements demandés, restrictions d’aptitude. C’est ce qui traduit les crises en conséquences, et c’est exactement ce qui manque à ces dossiers.

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Ce qui n’aboutira pas, et il vaut mieux le savoir

Soyons directs : cette page est consultée par beaucoup de personnes dont le dossier n’a pas d’objet.

Des crises occasionnelles, qui cèdent au traitement, sans arrêt de travail et sans incidence sur la vie quotidienne ou professionnelle, ne donneront lieu à aucune reconnaissance — ni en première demande, ni en recours. Déposer dans cette situation coûte du temps et se solde par un refus prévisible.

À l’inverse, des crises fréquentes, résistant aux traitements successifs, avec des arrêts répétés et un poste qui ne tient plus, constituent une situation qu’il faut présenter — à condition que le dossier le montre par des pièces plutôt que par des adjectifs.

Entre les deux, la ligne se trace sur un point : ce qui a été empêché, et qui l’a constaté.

Migraine : ce qui se demande, et où contester

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est souvent la demande la plus réaliste : elle n’exige aucun taux d’incapacité et ouvre des aménagements qui répondent à la situation — éclairage, réduction du temps d’écran, télétravail lors des crises, suppression des horaires décalés, autorisation de s’isoler. L’allocation aux adultes handicapés suppose une restriction durable de l’accès à l’emploi, ce qui se démontre lorsque la fréquence des crises est élevée et documentée.

Les obligations de l’employeur sont détaillées dans notre article sur le refus d’aménagement de poste, et la construction du taux dans celui consacré à l’évaluation du taux d’incapacité.

En cas de refus, le recours préalable devant la maison départementale des personnes handicapées — la MDPH — précède obligatoirement la saisine du juge : voir la marche à suivre et le simulateur de délai.

Questions fréquentes

La migraine est-elle reconnue comme handicap par la MDPH ?

Aucune maladie ne l’est par elle-même. Ce qui s’évalue est le retentissement, et dans cette situation il se mesure mal si l’on compte seulement les jours de crise.

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Combien de crises faut-il par mois ?

Aucun seuil n’existe. Ce qui compte est ce que les crises empêchent, sur la durée, et ce que des tiers en ont constaté — arrêts, aménagements, restrictions d’aptitude.

Comment tenir un relevé utile ?

En notant pour chaque crise sa durée, l’état du lendemain et ce qui a été annulé ou non engagé. Cette dernière colonne est la plus importante, et c’est celle qu’on oublie.

Mes migraines sont traitées efficacement. Ai-je intérêt à déposer ?

Le plus souvent non. Sans arrêt, sans limitation attestée et sans incidence professionnelle, la demande aboutira à un refus prévisible.

Cet article présente des règles générales à la date de sa mise à jour. Il ne remplace pas l’analyse de votre situation par un avocat.

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