Engager une procédure quand on vit d’une allocation paraît hors de portée, et beaucoup y renoncent avant même d’avoir posé la question. C’est dommage, parce que le calcul joue en leur faveur : l’allocation n’est pas comptée dans les ressources examinées. Reste à monter le dossier correctement, et à savoir quoi faire si le bureau de l’aide juridictionnelle refuse — sur ce point, l’information qui circule est très souvent fausse.
En bref
- L’aide juridictionnelle couvre tout ou partie des honoraires d’avocat et des frais de procédure.
- L’examen repose sur le revenu fiscal de référence, dont l’allocation et les prestations familiales sont exclues.
- Elle dispense du timbre fiscal de cinquante euros exigé depuis mars 2026 devant le pôle social.
- Un refus se conteste dans les quinze jours, et pas devant le tribunal administratif.
- Le taux d’incapacité n’entre pas dans les conditions d’éligibilité.
Pourquoi les allocataires y ont presque toujours droit
Avant 2021, l’aide juridictionnelle s’appréciait au regard des ressources de toute nature, et l’allocation y était comptée. C’est de là que vient la croyance, encore très répandue, selon laquelle elle ferait obstacle à l’aide. Depuis la réforme, la règle a changé du tout au tout : l’éligibilité s’apprécie sur le revenu fiscal de référence figurant sur l’avis d’imposition le plus récent.
Le raisonnement est à suivre jusqu’au bout, parce qu’il est rarement exposé et qu’il lève tout doute.
- le texte qui fixe les conditions de l’aide juridictionnelle renvoie expressément au revenu fiscal de référence « au sens du 1° du IV de l’article 1417 du code général des impôts » ;
- l’allocation aux adultes handicapés est affranchie de l’impôt sur le revenu, au même titre que les prestations familiales, par le 2° de l’article 81 du même code ;
- or le 1° du IV de l’article 1417 énumère limitativement les revenus exonérés qui sont malgré tout réintégrés dans le revenu fiscal de référence — et le 2° de l’article 81 n’y figure pas.
Autrement dit, l’allocation n’entre pas dans le revenu fiscal de référence, et elle n’entre donc pas dans l’appréciation des ressources. Ce n’est pas une exclusion expresse, c’est plus solide que cela : elle n’a jamais été dans la base de calcul.
La conséquence est très concrète. Une personne qui vit de l’allocation seule présente un revenu fiscal de référence nul ou quasi nul, et relève de l’aide totale.
On lit parfois l’inverse, l’allocation étant présentée comme une ressource retenue alors que les prestations familiales seraient écartées. C’est contradictoire, et c’est défavorable au lecteur, qui renonce à demander l’aide en se croyant au-dessus des plafonds.
Le patrimoine est examiné séparément, mobilier d’un côté, immobilier de l’autre, la résidence principale et les biens professionnels étant écartés du calcul.
Les plafonds applicables en 2026
Les plafonds sont revalorisés chaque année en fonction de l’évolution des prix. Pour 2026, ils résultent d’une circulaire du 16 janvier 2026 (n° JUST2601659C), publiée au Bulletin officiel du ministère de la Justice le 23 janvier.
Pour une personne seule :
- aide totale lorsque le revenu fiscal de référence n’excède pas 12 957 euros ;
- aide partielle à 55 % entre 12 958 et 15 316 euros ;
- aide partielle à 25 % entre 15 317 et 19 433 euros ;
- patrimoine mobilier et financier plafonné à 12 957 euros ;
- patrimoine immobilier plafonné à 38 866 euros, hors résidence principale et biens professionnels.
Ces plafonds sont majorés selon la composition du foyer fiscal. Pour deux personnes, l’aide totale est acquise jusqu’à 15 289 euros, l’aide partielle jusqu’à 21 765, avec un patrimoine immobilier plafonné à 45 861. Pour trois personnes, ces montants passent à 17 621, 24 097 et 52 857. Au-delà de sept personnes, les plafonds de ressources augmentent de 1 473 euros par personne supplémentaire.
Une personne seule qui perçoit l’allocation à taux plein se situe, dans la très grande majorité des cas, sous le seuil de l’aide totale.
Si votre situation vient de changer
Un avis d’imposition reflète l’année précédente, ce qui pénalise celui dont les revenus viennent de chuter. Le texte le prévoit : en cas de changement substantiel de situation — perte d’emploi, départ à la retraite, impossibilité d’exercer son activité —, les ressources sont appréciées autrement, en retenant le double des revenus imposables perçus au cours des six derniers mois, après un abattement de 10 %.
C’est une disposition à connaître, car elle modifie la situation de quelqu’un qui a cessé de travailler en cours d’année. Elle se demande : elle ne s’applique pas d’elle-même.
Le taux d’incapacité n’entre pas dans l’appréciation. Un taux élevé n’ouvre aucun droit supplémentaire à l’aide juridictionnelle, et un taux faible n’y fait pas obstacle.
Le dossier, et ce qui le fait traîner
La demande se dépose au bureau d’aide juridictionnelle institué auprès du tribunal judiciaire — à Bordeaux pour les justiciables du ressort.
- le formulaire de demande d’aide juridictionnelle, dans sa version en vigueur ;
- une pièce d’identité ;
- le dernier avis d’imposition, ou un avis de situation déclarative ;
- les justificatifs de patrimoine, y compris les relevés d’épargne ;
- un justificatif de domicile ;
- les pièces relatives à l’affaire : la décision contestée, la notification de la maison départementale ou de la caisse, et la date à laquelle elle a été reçue.
Trois causes de retard reviennent constamment, et elles sont toutes évitables. L’avis d’imposition manquant, lorsque la personne ne déclare pas ses revenus — il faut alors produire un avis de situation déclarative, que l’administration fiscale délivre même en l’absence d’imposition. Les justificatifs de patrimoine oubliés, alors que leur absence suffit à bloquer l’instruction. Et l’absence de la pièce qui établit la date de notification de la décision contestée, alors que c’est elle qui détermine si le recours est encore possible.
Un point de méthode qui a son importance : déposez la demande sans attendre l’expiration du délai de recours. Le dépôt interrompt le délai d’action, mais il ne le remplace pas, et une demande déposée après l’expiration ne rattrape rien.
Si le délai vous rattrape : l’aide juridictionnelle provisoire
Il arrive que le délai de recours s’épuise avant que le bureau ait statué, ou même avant d’avoir eu le temps de déposer le dossier. La situation n’est pas bloquée pour autant, et c’est une des rares bonnes surprises de cette matière.
Vous pouvez saisir le tribunal sans attendre la décision du bureau. Il faut alors écrire, dans la requête elle-même, que vous sollicitez le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Le juge peut vous l’accorder, et l’instance se poursuit pendant que le bureau instruit la demande. Une décision illustre ce mécanisme, qui a accordé l’aide juridictionnelle provisoire et déclaré le recours recevable avant de statuer au fond (pôle social du tribunal judiciaire de Bordeaux, 2025, RG n° 24/01009).
Autre situation, tout aussi fréquente : vous avez saisi le tribunal seul, sans avocat, et vous souhaitez en prendre un ensuite. La demande d’aide juridictionnelle reste possible en cours de procédure, et l’avocat peut la former pour vous alors même que l’instance est déjà engagée. Le fait d’avoir commencé seul ne ferme rien.
Notre façon de procéder
Un mot sur la pratique du cabinet, parce que la question revient souvent. Nous déposons nous-mêmes le dossier complet au bureau d’aide juridictionnelle.
La raison est simple : les pièces manquantes sont la première cause de blocage, et un dossier incomplet revient plusieurs semaines plus tard, parfois après l’expiration du délai. Constituer le dossier avant de le déposer permet de vérifier qu’il ne manque rien, et de joindre du premier coup les justificatifs que le bureau réclamerait ensuite.
Un refus : ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut surtout pas faire
C’est ici que l’information disponible en ligne est le plus souvent erronée : beaucoup de pages renvoient à un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif. Ce n’est pas la bonne voie, et l’emprunter revient à perdre son délai.
La décision du bureau d’aide juridictionnelle n’est pas un acte administratif ordinaire : elle relève de l’administration de la justice et n’est pas détachable de la procédure judiciaire. Le Conseil d’État l’a jugé dans un avis de section (Conseil d’État, avis, 28 juin 2013, n° 363460).
Le recours s’exerce selon le régime organisé par le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, pris pour l’application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
- le délai est de quinze jours à compter de la notification pour le demandeur — c’est un délai court, et c’est la première chose à vérifier sur le courrier de refus ;
- le recours se forme par déclaration remise ou adressée au bureau qui a statué, ou directement auprès de l’autorité de recours ;
- l’autorité qui statue dépend de la juridiction saisie au fond. Le texte prévoit que les décisions des bureaux établis au siège des tribunaux judiciaires sont déférées au premier président de la cour d’appel — ce qui est le cas du contentieux des prestations devant le pôle social — et que celles des bureaux établis au siège des tribunaux administratifs sont déférées au président de la cour administrative d’appel, ce qui vise notamment les contestations relatives à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.
Autrement dit, la juridiction compétente pour le recours suit celle du litige principal. C’est la raison pour laquelle il faut savoir, avant de contester, devant quel juge l’affaire se plaide. Notre article sur le recours préalable devant la maison départementale précise cette répartition.
Un point rassurant, souvent ignoré : le dépôt de la demande d’aide juridictionnelle interrompt le délai de recours, à condition qu’elle soit adressée ou déposée au bureau avant l’expiration de ce délai. Un nouveau délai recommence ensuite à courir. Demander l’aide juridictionnelle ne fait donc pas perdre le bénéfice du délai — mais déposer après son expiration ne rattrape rien.
Ce que l’aide couvre réellement
L’aide totale prend en charge les honoraires de l’avocat, selon un barème, ainsi que les frais de procédure. L’aide partielle laisse à la charge du justiciable un complément d’honoraires, qui doit faire l’objet d’une convention écrite avec l’avocat avant toute intervention.
Point décisif pour le contentieux des prestations. Depuis le 1er mars 2026, la partie qui introduit une instance en matière civile devant le tribunal judiciaire doit acquitter une contribution pour l’aide juridique de cinquante euros, rétablie par la loi de finances pour 2026 (article 1635 bis Q du Code général des impôts). Le pôle social en relève. Les bénéficiaires de l’aide juridictionnelle en sont dispensés, et la dispense joue pour l’aide totale comme pour l’aide partielle.
La procédure n’est donc plus sans frais, et l’aide juridictionnelle a pris de ce fait une importance qu’elle n’avait pas auparavant.
Un dernier point, que l’honnêteté impose de mentionner. L’aide juridictionnelle ouvre un droit, elle ne garantit pas de trouver un avocat qui connaisse la matière. Le droit du handicap est une matière technique, et tous les avocats ne l’exercent pas ; la difficulté est plus nette encore à l’aide juridictionnelle. Il vaut donc mieux s’assurer qu’un avocat accepte l’affaire avant de déposer la demande, et le désigner nommément dans le formulaire.
En cas de doute, déposez
Avant de conclure, une réserve qui vaut pour tout ce qui précède. Les règles exposées ici sont les règles générales ; elles ne décident de rien par elles-mêmes. C’est le bureau d’aide juridictionnelle, et lui seul, qui apprécie votre situation et qui tranche. Il examine la composition de votre foyer fiscal, vos ressources, votre patrimoine, les particularités de votre dossier, et il peut retenir une lecture différente de celle que vous en aviez.
Nul ne peut donc vous garantir à l’avance que l’aide vous sera accordée, et cette page ne le prétend pas.
Ce qui conduit au conseil le plus utile que nous puissions donner ici : si vous hésitez, déposez quand même.
- la demande est gratuite, et son dépôt ne vous engage à rien ;
- un refus ne vous ferme aucune porte : vous pouvez le contester dans les quinze jours, et redéposer une demande plus tard si votre situation change ;
- un dépôt avant l’expiration du délai de recours interrompt ce délai, ce qui vous protège pendant l’instruction ; et si ce délai est déjà trop court, l’aide juridictionnelle provisoire demandée au juge prend le relais ;
- renoncer par avance, en revanche, ne se rattrape pas, et c’est de très loin l’erreur la plus fréquente.
Autrement dit, vous n’avez rien à perdre à tenter. Le seul risque réel est de ne pas déposer, ou de déposer trop tard.
Questions fréquentes
L’AAH est-elle comptée dans les ressources ?
Non. L’appréciation repose sur le revenu fiscal de référence, et l’allocation en est exclue parce qu’elle n’est pas imposable. Les prestations familiales le sont également.
Quel plafond pour une personne seule en 2026 ?
12 957 euros de revenu fiscal de référence pour l’aide totale, jusqu’à 19 433 euros pour l’aide partielle, avec des plafonds distincts de patrimoine.
Mon taux d’incapacité joue-t-il ?
Non, il n’entre pas dans les conditions d’éligibilité.
Où déposer la demande à Bordeaux ?
Au bureau d’aide juridictionnelle institué auprès du tribunal judiciaire du ressort.
Je ne déclare pas mes revenus. Que produire ?
Un avis de situation déclarative à l’impôt sur le revenu, que l’administration fiscale délivre même en l’absence d’imposition.
Comment contester un refus ?
Dans les quinze jours de la notification, devant l’autorité de recours qui correspond à la juridiction saisie au fond — premier président de la cour d’appel pour le contentieux judiciaire. Ce n’est pas un recours devant le tribunal administratif.
L’aide dispense-t-elle du timbre fiscal de cinquante euros ?
Oui, devant le pôle social du tribunal judiciaire.
Le délai de recours expire et le bureau n’a pas encore répondu. Que faire ?
Saisissez le tribunal sans attendre, en sollicitant dans votre requête le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Le juge peut vous l’accorder le temps que le bureau instruise votre demande.
J’ai saisi le tribunal seul. Puis-je encore demander l’aide juridictionnelle ?
Oui. Elle peut être demandée en cours de procédure, et l’avocat qui intervient après coup peut la former pour vous. Avoir commencé seul ne ferme rien.
Suis-je sûr d’obtenir l’aide si je suis sous les plafonds ?
Non. C’est le bureau d’aide juridictionnelle qui apprécie votre situation et qui décide. Les plafonds sont un repère, pas une garantie.
Cela vaut-il la peine de déposer si je ne suis pas certain d’y avoir droit ?
Oui. La demande est gratuite, un refus se conteste dans les quinze jours, et rien ne vous empêche de redéposer si votre situation évolue. Ne pas déposer est le seul choix qui ne se rattrape pas.
L’aide couvre-t-elle tous les honoraires ?
L’aide totale les couvre selon un barème. L’aide partielle laisse un complément à la charge du justiciable, qui doit être fixé par convention écrite avant l’intervention de l’avocat.
Cet article présente des règles générales à la date de sa mise à jour. L’appréciation des conditions d’admission relève du bureau d’aide juridictionnelle, qui statue au vu du dossier qui lui est soumis. Ce texte ne remplace pas l’analyse de votre situation par un avocat et ne préjuge pas de la décision qui sera rendue.
Sources
- Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique
- Article 3 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 (appréciation des ressources sur le revenu fiscal de référence)
- Article 81, 2°, du Code général des impôts (exonération d’impôt sur le revenu de l’allocation aux adultes handicapés et des prestations familiales)
- Article 1417, IV, 1°, du Code général des impôts (composition du revenu fiscal de référence)
- Décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l’aide juridique (conditions de ressources, recours contre les décisions du bureau)
- Conseil d’État, avis, 28 juin 2013, n° 363460 (nature des décisions du bureau d’aide juridictionnelle)
- Circulaire du 21 janvier 2026 fixant le montant des plafonds de ressources et de patrimoine pour l’admission à l’aide juridictionnelle
- Article 1635 bis Q du Code général des impôts (contribution pour l’aide juridique et dispense au bénéfice de l’aide juridictionnelle)









